14 septembre 2009

Connaissez-vous Emmanuel Giraud ?

le subterfuge, l'art et le cochon

Retour en arrière, Rome ! La semaine dernière.

part IV - A l'origine
Le banquet de Trimalcion constitue le fragment principal du Satiricon de Pétrone, contemporain de Néron. Trimalcion - l’affranchi, le parvenu et le despote - donne un banquet auquel participent deux jeunes débauchés : Encolpe et Ascylte accompagné de son jeune amant, Giton. Ce banquet s'inscrit dans une Rome décadente et décrit par le menu, anecdotes, socius et plats. (voir le texte
ici) .

Les 12 convives - Photo Luc Jennepin


part V - Emmanuel Giraud
Le travail d’Emmanuel Giraud (pensionnaire à la Villa Médicis) intervient dans une transcription artistique de textes anciens relatant des événements d’ordre gastronomique ou culinaire.
Son travail consiste à s’interroger sur le sens, hors de la forme. C’est ainsi que s’établit son œuvre, en modernité. Hors contexte et hors époque, la reproduction à l'identique ne le concerne pas. En revanche, la transposition aux 5 sens de notre époque, voilà le chantier.

part VI - Le banquet
les subterfuges
Ainsi le banquet de Trimalcion d’Emmanuel Giraud, donné la semaine dernière du crépuscule à l’aube, à la Villa Médicis (Rome)

Subterfuges, art et cochon
Premier subterfuge, Trimalcion, un comparse de Giraud (je viens de le découvrir écrivain ex-pensionnaire de la Villa) se transpose pour le banquet en une caricature d’homme d’affaires, sponsor bruyant, despote, tyran, bavard, imbu et tapageur.
Le voilà déjà en retard, au téléphone, réglant transactions et cours de l’huile d’olive (ses huiles Bario ltd qui sponsorisent le dîner). Le voilà s’imposant, sachant tout et devisant de rien, embarrassant en préambules les 11 autres convives de ses approximations mêlées de diktats.
Deuxième subterfuge, le banquet. Découpé en 12 séquences, 12 plats et 12 lieux au cœur de la Villa et des jardins. Une balade initiatique où tout commence par une ablution des pieds dans le grand salon de la Villa avec Rome illuminée, … trompe-l’œil à nos pieds. Belle manière pour nous faire abandonner toute idée préconçue, pour quitter son assise et s’élever, prêt à l’ailleurs. La suite confirme : elle se déroule en plein ciel, au sommet de la Villa, un envol au vent, pour un apéritif de cava (blanc pétillant catalan).

L’art
Les plats se succèdent en tableaux, falsifiant la réalité au prisme de l’artiste. Les séquences sont construites de la naissance à la mort. La table de l’œuf annonce une re-naissance, la nôtre, une invitation à vivre neuf cette performance.
Viennent les bicliniums - les lits romains - disposés en cercle autour de la piscine ou nous seront pouponnés et mis (l’eau) en bouche par le trancheur et son carrousel de volailles. Nous seront élevés à la table des Niobides, avec le cochon de glaise farci-farceur, conçu avec Elise Vergari (étudiante aux Beaux-Arts de Montpellier) contenant homard et boudin, puis viendront l’huître et le veau, le bœuf et l’oursin, tous unissant la mer, la terre et le feu.
Hommage à Félicien Rops - Photo Benoit Forgeard - Modèle Miss Marion

Le cochon
Le cochon farci-farceur, en mot-clé, pour comprendre ce chemin initiatique, "C'est un repas basé sur l'illusion, tout est en trompe-l'oeil. C'est le principe de ma réinterprétation, mais c'était le principe même du repas initial", explique Emmanuel Giraud (source AFP.)
L’illusion se propage jusqu'à la décadence avec cette esclave offerte (aux yeux) délivrant une cosmétique eau gelée de concombre, nous conditionnant en quelque sorte au sorbet de Priape – délicieux safran. La table du Bosco annonce l’aube et confirme la vie à rebours (nous sommes nés au crépuscule) et les chutes de film de Caroline Duchatelet viennent hypnotiser nos fatigues pour nous conduire … au-delà. L’avant-dernière station de ce chemin de vie à rebours ou de croix* se mêle de confondre le verbe aimer pour nous confondre entre sexe et anthropophagie.
se mêle de confondre le verbe aimer - Photo BV

Finalement c’est un Trimalcion en vanité, crânant encore ! Arborant un crâne de glace rouge Campari (sculpté/moulé par Elise Vergari) qui nous accueille au Parnasse pour cette résurrection en forme d’eau gelée arrosée d’un sirop de lauriers (éternels) de la Villa.
Un voyage entre rêve et fatigues, une performance où le spectateur instrumentalisé par l’artiste produit du sens au service des ses sens.

* voir la perplexité de l’hédoniste et critique gastronomique François Simon dans Le Figaro et vous et sur son blog – Ici)

5 commentaires:

Pierre a dit…

Pour la photo de la jeune fille promenant le petit cochon,vous pourrez rappeler à Emmanuel qu'il s'est inspiré de l'ancienne et belle carte de visite de la cremerie elle même inspiré d'un disque d'alpha production et qui est une oeuvre de Felicien Rops.
Longue vie à food intelligence.

Bruno Verjus a dit…

Oui, il le sait c'est un hommage à Félicien Rops ....

Pierre a dit…

et bien dites le cher ami...
la reconnaissance du ventre est une qualitée qui malheureusement se perd...
rendre à César ce qui appartienr à César et non à Emmanuel...

Guillaume a dit…

Bon alors, finalement, performance convaincante... Ou beaucoup de bruit pour rien ?

Bruno Verjus a dit…

Une expérience incroyable EXtraordinaire dans le véritable sens du terme.
B